IRAN-KHOMEINI, LA PRISE DE POUVOIR / MICHEL SETBOUN

Un explicatif politique quant à l'Iran et la révolution de 1979. Bonne lecture...

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Voilà, encore un point d’histoire. Je lis et j’entends tellement de bêtises, d’ignorance, de récits faux ou incomplets, de gens qui n’étaient pas nés à l’époque ou qui ont vécu à l’étranger pendant près de cinquante ans. 

Je pense en particulier au fils du Shah, que j’ai connu en Iran pendant la révolution. 
Je voulais apporter quelques éléments factuels sur la prise de pouvoir par Khomeini. 
Ce n’est ni un jugement, ni un soutien, juste des faits que j’ai vus et vécus.

Khomeini, le mythe invisible
Pendant des mois, au cœur de la révolution iranienne, Khomeini n’existe pas dans le réel iranien. 
Exilé par le Shah à Najaf, en Irak, il reste invisible jusqu’en novembre 1978. Il n’y a pas de visage sur les banderoles des manifestations monstres, seulement des dessins. Cette absence crée un mythe, une icône. 
Son nom circule partout : dans les rues, les mosquées, les campagnes. On parle du douzième imam, d’un homme caché, d’un retour annoncé. Cette phase est décisive et lui donne une puissance symbolique immense, bien avant toute prise de pouvoir.

Arrivée à Paris – début novembre 1978
Alors que les manifestations font rage en Iran, Khomeini arrive à Paris début novembre 1978. 
Les Iraniens n’ont pas besoin de visa, et la Turquie a refusé de l’accueillir.
On me prévient. Je prends le premier avion depuis Téhéran .
Le matin j'arrive dans le petit jardin de Neauphle-le-Château, à l’heure de la prière matinale.
Khomeini  n’était alors entouré que de quelques fidèles.
La foule viendra les jours suivants, quand je repartirai en Iran. 
Je découvre celui devenu le symbole du soulèvement, assis simplement sous un pommier,  en Normandie.
Je fais les premières photos de la prière matinale sous les cordes à linge. Nous parlons. Il me conseille de retourner en Iran .
 Il insiste: pour raconter cette révolution en marche.
Depuis des mois, un cercle s’est formé autour de lui : Banisadr ( qui va s'enfuir en Irak deux ans plus tard avec son gendre Radjavi le leader des moudjahidines du peuple), Ghotbzadeh ( qui sera executé deux ans plus tard pour trahison) , Yazdi ( qui restera dans l'opposition et d’autres. 
Tous pensent pouvoir manipuler le vieil homme.
 Ils voient en lui un symbole pratique et rassembleur, la figure du sage, une arme contre le Shah. 
Certains traduisent ses paroles aux journalistes en gommant des passages qui auraient pu choquer l’Occident (voir Orlana Fallaci).
 Ils se trompent.
Khomeini est un homme déterminé. 
Il a étudié La République de Platon, qui lui servira de modèle pour le "velayat e faqih" difficile a expliquer en quelques mots.  
le rôle du guide de la République islamique . 
Il n’est pas seul. 
Derrière lui, en Iran, il a des assises solides : le peuple, les campagnes, les quartiers populaires, le réseau des mosquées, les mollahs. 
Une organisation ancienne, profonde, enracinée. 
Ceux qui l’entourent à Paris et en Occident raisonnent en termes d’élites éduquées et ne voient pas le pays réel.

Le contexte international et le départ du Shah
La révolution n’a pas gagné seule.
 À la fin de 1978, la situation stratégique pèse sur les décisions occidentales. Quelques mois plus tôt, un coup d’État à Kaboul avait permis aux communistes de prendre le pouvoir. 
J’étais présent quelques jours plus tard, quand les drapeaux rouges flottaient sur la ville. L’avancée de l’Union soviétique inquiète l’Occident.
Carter, Giscard d’Estaing et d’autres décident qu’ils ne peuvent pas laisser l’Iran basculer ou rester faible. 
Leur calcul est simple : le Shah n’est plus un rempart efficace contre le communisme, et Khomeini, musulman, sera un meilleur rempart, comme en Afghanistan où la rébellion islamique a commencé dans les campagnes.

Le 16 janvier 1979, après des mois de soulèvements, le Shah, malade et fragile, quitte définitivement l’Iran, laissant la place à Chapour Bakhtiar, un réformateur démocrate que ses amis et opposants refusent de rallier. Bakhtiar est seul et, par erreur, invite Khomeini à rentrer en Iran.

Retour en Iran et montée en puissance
Fin janvier 1979, je suis de retour à Paris pour monter dans l’avion de l’Ayatollah.
 Le 1er février 1979, Khomeini arrive à Téhéran. Pendant dix jours, des millions de personnes viennent acclamer le messie dans la petite cour d’une école, devant une toute petite fenêtre.
Dix jours plus tard, le 10 février 1979, une caserne aérienne prête allégeance à Khomeini. 
Les Iraniens descendent dans les rues au petit matin.
 Il y a quelques combats, j’étais là, mais très rapidement les soldats abandonnent leurs casernes.
 Il y a même des scènes de fraternisation dans la caserne des Immortels, garde prétorienne du Shah. 
Il n’y a pratiquement pas eu de combat, pas de guerre civile. Les chefs militaires iraniens, formés aux États-Unis et parlant parfaitement américain, suivent le conseil américain et ne bougent pas. 
Le régime tombe simplement parce que l’armée n’intervient pas.
Khomeini, encore entouré de ses fidèles de Neauphle-le-Château, prend le pouvoir. 
Lors de la première conférence de presse, on voit déjà apparaître de nouveaux mollahs autour de lui, tous ceux qui travaillaient pour lui depuis des mois en Iran.

Entre février et mars 1979 – combats politiques
Mais le pouvoir n’est pas encore stabilisé. Entre février et mars, les combats politiques continuent : gauche, libéraux, nationalistes, religieux, tous pensent encore pouvoir peser.
 Khomeini décide de prendre ses distances et s’installe dans la ville sainte de Qom, laissant le pouvoir politique aux responsables civils.
En mars 1979, a lieu le référendum pour la République islamique. 
Les chiffres officiels annoncent 99,3 % de « oui ». Le scrutin est discutable : pas de secret du vote, bulletins de couleur, une seule question, boycott de plusieurs groupes, peu d’isoloirs et aucun contrôle indépendant. 
Il n’existe pas de chiffres alternatifs fiables. 
Mais même avec un scrutin régulier, le « oui » aurait gagné largement.
 À ce moment précis, le rejet du Shah est massif et unificateur. Le peuple veut tourner la page.

À l’automne 1979 survient la prise des otages à l’ambassade américaine, le 4 novembre 1979, qui accélère l’histoire. 
C’est un tournant. Un acte qui radicalise la situation et renforce Khomeini face à ses adversaires. 
Il marginalise les modérés et ferme le jeu politique. Le rapport de force bascule définitivement.

1980 – La guerre Iran-Irak débute le 22 septembre 1980. 
Saddam Hussein attaque l’Iran et l’Occident prend parti pour lui, apportant soutien politique, armement et silence. 
J'arrive en Irak des les premiers jours de la guerre..
La France aurait pu jouer sa carte en Iran, car elle avait une aura extraordinaire pour avoir accueilli l’Ayatollah, mais Giscard décide de changer de jeu.
Les Iraniens, profondément nationalistes, se rassemblent autour de Khomeini.
 Il devient le protecteur du territoire, le symbole de la résistance. 
La guerre soude le pays autour de lui et confère au régime une légitimité massive. 
À ce moment-là, toute contestation devient secondaire. Le soutien occidental à Saddam joue un rôle déterminant dans la consolidation du pouvoir islamique.

Conclusion – le mythe et la réalité
Aujourd’hui, quand on parle de révolution volée, c’est simplement de l’ignorance. 
C’est ignorer les faits, la chronologie et le pays réel de l’époque.
Si quelqu'un a volé la Révolution, c'est bien Saddam Hussein..

 En 1979, l’Iran est massivement pour Khomeini. 
Qu’on l’accepte ou non, les choses ont changé depuis, mais l’histoire ne se réécrit pas.
La raconter autrement, c’est préparer les mêmes erreurs. 
Ce qui s’est passé alors pourrait se reproduire. 
Quand on met aujourd’hui en avant le fils du Shah, la question reste la même : qui le soutient réellement, sur le terrain, avec quels réseaux, quelle base sociale.
 Un changement de pouvoir ne se décrète pas depuis l’extérieur.
 Il naît d’un rapport de force interne, comme en 1979, pas autrement.

j'ai essayé de faire court.. le reste est dans mes livres
en particulier : "Iran Revolution" publication edition des arenes.

le reste sur www.setboun.com/iran

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